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De l'Omnibus au Bus Vert : L'Histoire Complète du Réseau de Bus Parisien

Plongez dans l’histoire captivante du réseau de bus parisien, depuis les débuts modestes des omnibus tirés par des chevaux jusqu’à l’essor des bus verts modernes, symbole d’une mobilité urbaine plus écologique et durable. Cet article retrace les grandes étapes, les évolutions technologiques, ainsi que les enjeux sociaux et environnementaux qui ont marqué le développement des transports en commun à Paris. Un voyage complet qui éclaire comment le bus est devenu un pilier incontournable de la vie quotidienne parisienne.

Par Marion GallierPublié le 13 juillet 2025 à 07:41
De l'Omnibus au Bus Vert : L'Histoire Complète du Réseau de Bus Parisien
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Le pouls de la capitale, un voyage à travers le temps 🕰️

Attendre un bus de la ligne 91 sur le parvis de la gare Montparnasse ou guetter l'arrivée d'un 38 à la Gare du Nord sont des scènes quotidiennes pour des millions de Parisiens et de Franciliens. Ces gestes, devenus banals, nous connectent pourtant à une histoire dense et méconnue, celle du réseau de bus parisien. Car derrière chaque numéro de ligne, chaque itinéraire, se cachent des siècles de transformations urbaines, de révolutions technologiques et de débats sociaux. Le bus n'est pas un simple moyen de transport ; il est le témoin et l'acteur de l'histoire de Paris, un fil rouge qui serpente à travers les époques, reflétant les ambitions, les crises et les métamorphoses de la capitale.

Comment les lignes que nous empruntons chaque jour racontent-elles près de quatre siècles de l'histoire de Paris ? Pour répondre à cette question, cet article propose un double voyage. Le premier nous lancera sur les traces de la plus ancienne ligne du réseau, une quête qui nous mènera bien avant la création de la RATP, à l'époque des tramways à cheval. Le second nous invitera à décrypter la logique cachée derrière la numérotation des bus parisiens, ce "code" qui organise le réseau depuis l'après-guerre. Ces deux enquêtes, loin de s'opposer, se rejoignent pour former une seule et grande fresque. Des carrosses visionnaires du Roi-Soleil 👑 à la révolution silencieuse du bus électrique 🌿, en passant par l'âge d'or des omnibus à chevaux et la disparition controversée des tramways, nous allons découvrir que l'histoire du bus est, en réalité, l'histoire de Paris elle-même.

L'invention du transport pour tous (1662-1921)

L'idée de transporter des personnes à travers la ville selon un itinéraire et un tarif fixes ne date pas du XXe siècle. Elle a germé bien plus tôt, connaissant un échec retentissant avant de s'imposer comme une nécessité de la vie moderne. Cette première période, qui s'étend sur plus de deux siècles et demi, voit naître le concept même de transport en commun, se structurer sous l'impulsion d'un État centralisateur, et enfin, opérer sa première grande révolution technologique avec le passage du cheval au moteur.

L'échec visionnaire : les carrosses à cinq sols de Blaise Pascal (1662) 💡

L'histoire des transports en commun parisiens commence par une intuition géniale et un échec cuisant. En 1662, le philosophe et scientifique Blaise Pascal, loin de ses pensées métaphysiques, obtient du roi Louis XIV le privilège de fonder une entreprise de carrosses publics. Le concept est révolutionnaire pour l'époque : des voitures de huit places circulant sur des itinéraires fixes, à horaires réguliers, pour un prix unique de "cinq sols". Cinq lignes sont créées, dont une circulaire préfigurant la future ligne de Petite Ceinture, reliant des points névralgiques comme le Luxembourg ou la Porte Saint-Antoine.

Le succès est immédiat, mais de courte durée. L'entreprise périclite et disparaît en 1677, victime de deux erreurs fondamentales qui se révéleront riches d'enseignements pour l'avenir. La première est économique : le prix du billet augmente, rendant le service moins attractif. La seconde, et la plus déterminante, est sociale. Un arrêt du Parlement de Paris vient rapidement restreindre l'accès à ces carrosses, en interdisant formellement leur usage aux :

"...soldats, pages, laquais, et autres gens de livrées, mesmes les manœuvres et gens de bras".

Le service, initialement pensé pour tous, devient l'apanage des "bourgeois et des gens de mérite".

Cet échec originel est bien plus qu'une anecdote historique. Il révèle une tension fondamentale qui traversera toute l'histoire des transports parisiens : la question de l'universalité. Le projet de Pascal a échoué précisément parce qu'il a renié sa promesse initiale en devenant socialement exclusif. L'idée de "transport en commun" a été trahie. Il faudra attendre plus de 150 ans pour que le concept renaisse, mais cette fois sous un nom qui sera une réponse directe à cette erreur fondatrice : l'omnibus, du latin omnibus, signifiant "pour tous". La première tentative a ainsi posé, par la négative, la condition sine qua non du succès de tout système de transport public futur : son accessibilité au plus grand nombre.

L'ère des omnibus : concurrence féroce et ordre Haussmannien (1828-1855) 🐴

Après un long sommeil, l'idée de transport collectif renaît en 1828. Un entrepreneur du nom de Stanislas Baudry, après avoir lancé un service similaire à Nantes, importe le concept à Paris et crée l'Entreprise Générale des Omnibus (EGO). Le succès est cette fois-ci durable et spectaculaire. Avec un réseau de dix lignes, l'entreprise transporte plus de 2,5 millions de voyageurs en seulement six mois. Ce triomphe s'explique par le contexte de l'époque : l'exode rural a fait doubler la population parisienne, créant un besoin criant de mobilité dans une ville en pleine expansion.

Ce succès attire rapidement les convoitises. Une période de concurrence acharnée s'ouvre, où une multitude de sociétés aux noms pittoresques ("les Dames réunies", "les Favorites", "les Gazelles"...) se livrent une guerre sans merci sur les axes les plus rentables du centre de Paris. En 1836, on dénombre 17 compagnies et près de 400 voitures, mais cette prolifération anarchique se fait au détriment de la desserte des faubourgs, moins lucratifs.

Cette situation, jugée ingérable, prend fin avec l'arrivée au pouvoir de Napoléon III et de son préfet de la Seine, le baron Haussmann. La création d'un réseau de transport unifié n'est pas une simple mesure de régulation économique ; c'est un acte politique qui s'inscrit pleinement dans la logique haussmannienne de modernisation et de contrôle de l'espace urbain. Au milieu du XIXe siècle, Paris est encore perçue comme une ville médiévale, insalubre et politiquement explosive. Le projet d'Haussmann vise à transformer radicalement la capitale, en perçant de larges boulevards pour améliorer la circulation et l'hygiène, mais aussi pour faciliter les mouvements de troupes et empêcher la construction de barricades. Dans ce contexte, un réseau de transport fragmenté et chaotique est un obstacle.

Sous la pression du préfet, les différentes entreprises sont donc contraintes de fusionner. Le 22 février 1855, un décret impérial donne naissance à la Compagnie Générale des Omnibus (CGO), qui obtient le monopole de l'exploitation des transports de surface dans Paris pour une durée de trente ans. La CGO n'est pas seulement une entreprise de transport ; elle est un instrument de la politique haussmannienne. Ce monopole permet d'imposer un réseau rationalisé et cohérent, qui structure la ville selon la vision de l'État. Dès 1856, la CGO organise un réseau de 25 lignes, identifiées par des lettres de l'alphabet, qui maille la capitale de manière logique et centralisée. L'ordre haussmannien s'impose désormais aussi sur les pavés.

La fin d'une époque : la révolution de l'autobus et la disparition des chevaux (1905-1921) ⚙️

À l'aube du XXe siècle, la CGO règne en maître sur un empire hippomobile. En 1902, son parc compte 11 572 chevaux et 684 voitures, remisés dans de nombreux dépôts. Mais une nouvelle révolution technologique s'annonce : le moteur à explosion. Consciente de la nécessité de moderniser sa flotte, la CGO organise un concours en décembre 1905, à l'occasion du premier Salon de l'Automobile au Grand Palais, afin de trouver un successeur à ses omnibus à chevaux. Neuf prototypes de différents constructeurs sont testés sur une ligne spéciale reliant la Bourse au Grand Palais. À l'issue de ces essais, le modèle P2 de Brillié-Schneider est retenu, et la CGO passe une première commande de 150 châssis.

Le véritable symbole de cette nouvelle ère arrive en 1911 avec le modèle Schneider PB2. Cet autobus, avec sa caisse en bois et surtout sa plateforme arrière ouverte, deviendra une véritable icône parisienne, immortalisée par des générations de photographes et de cinéastes. La plateforme arrière, où se tenait le receveur, permettait aux voyageurs les plus agiles de monter et descendre en marche, une pratique aujourd'hui impensable mais qui a forgé l'imaginaire du bus parisien.

Cette modernisation signe la fin de la traction animale. Le 12 janvier 1913, le dernier omnibus tiré par des chevaux effectue son ultime trajet dans les rues de Paris, mettant un terme à près d'un siècle d'histoire hippomobile. L'autobus s'impose, mais son règne naissant est brutalement interrompu. Le 1er août 1914, avec la mobilisation générale, la quasi-totalité du parc d'autobus est réquisitionnée par l'armée pour assurer le transport des troupes vers le front, notamment lors de l'épisode des "taxis de la Marne". Le réseau de surface est quasiment anéanti, laissant les Parisiens se reposer sur le tramway et le tout jeune métro.

La grande transition : le bus, fossoyeur du tramway (1921-1945) 🚋

L'entre-deux-guerres est une période charnière et profondément paradoxale pour les transports de surface parisiens. Alors qu'un nouvel exploitant unique, la STCRP, est créé pour rationaliser et moderniser l'ensemble du réseau, une décision radicale et controversée est prise : le démantèlement complet du vaste réseau de tramways au profit de l'autobus. Cette transition, loin d'être une simple évolution technique, révèle les luttes d'influence qui redessinent le visage de la capitale.

L'hégémonie de la STCRP et la guerre des rails

Au sortir de la Première Guerre mondiale, le paysage des transports parisiens est fragmenté. Pour y remédier, l'État impose une nouvelle fusion. Le 1er janvier 1921, la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne (STCRP) voit le jour, regroupant la CGO et les diverses compagnies de tramways qui opéraient encore à Paris et en banlieue. La STCRP hérite d'un parc hétéroclite et se lance dans une refonte complexe de la numérotation, où cohabitent les anciennes lettres de la CGO pour les bus et de nouveaux indices numériques pour les tramways, créant une certaine confusion pour les usagers.

Dans les années 1920, le contexte urbain change rapidement. L'automobile individuelle, autrefois un luxe, commence à se démocratiser dans les milieux aisés. Les premiers embouteillages apparaissent sur les grands axes, et le tramway, malgré un réseau dense de près de 1000 km et un matériel en partie modernisé, devient la cible de critiques de plus en plus virulentes. Il est accusé d'être un obstacle à la circulation, un "gêneur" archaïque face à la modernité triomphante de l'automobile et de l'autobus.

Le remplacement des tramways par des autobus dans les années 1930 ne fut cependant pas le résultat d'une évolution technologique inéluctable ou d'une demande populaire. Il fut l'aboutissement d'une campagne de lobbying intense et remarquablement efficace, orchestrée par les industries naissantes de l'automobile et du pétrole. Des journaux influents comme "L'Intransigeant" et "Paris-Soir" mènent des campagnes de presse virulentes, qualifiant le tramway d'"ennemi du peuple" qui "arrête la circulation". Le discours public insiste sur les défauts du "tortillard brinquebalant, ferraillant, lent", tout en parant l'autobus de toutes les vertus de la souplesse et de la modernité.

Dans les coulisses, les lobbies agissent avec une redoutable efficacité. Les grands constructeurs automobiles français (Renault, Panhard, Citroën) et les groupes pétroliers voient dans la suppression du tramway électrique une opportunité de marché colossale. L'influence de ces groupes est d'autant plus forte que des membres du conseil d'administration de la STCRP elle-même possèdent des intérêts dans ces industries, facilitant la promotion de l'idée que le tramway est obsolète. La décision de démanteler le réseau est donc moins technique ou économique qu'elle n'est politique et industrielle. Paris sacrifie ainsi un mode de transport de masse, électrique et structurant, sur l'autel de la voiture individuelle et du bus à moteur thermique. Le dernier tramway intra-muros circulera le 14 mars 1937, et le tout dernier de la région parisienne (à Versailles) en 1957. Cette décision aura des conséquences durables sur l'urbanisme, la pollution et la congestion de la capitale pour les décennies à venir.

Cas d'étude - la Ligne 91, la doyenne du réseau 🏆

Pour comprendre concrètement comment le réseau a traversé ces époques de bouleversements, il n'y a pas de meilleur exemple que la ligne 91. Si l'on cherche la "plus ancienne ligne de bus RATP en service", c'est vers elle que tous les chemins historiques convergent. Son histoire est un condensé de celle des transports parisiens, une ligne qui a su survivre à tous les changements d'exploitants, de technologies et de numérotations.

Ses origines remontent à août 1876. Elle naît sous la forme d'un tramway à cheval, exploité par la "Compagnie des tramways SUD" sous l'indice de ligne 3. Elle relie alors la gare Montparnasse à la gare d'Austerlitz, avant d'être prolongée jusqu'à la Bastille en janvier 1877. Au fil des ans, elle connaît toutes les évolutions techniques : les tramways à vapeur succèdent aux chevaux, puis vient l'électrification. Elle change d'exploitant, passant sous le giron de la C.G.P.T. dans les années 1880, puis de la STCRP lors de sa création en 1921. C'est à ce moment qu'elle reçoit le numéro qui fera sa postérité : le 91.

Le tournant décisif a lieu en juillet 1935. Dans le cadre de la politique de suppression des tramways, les rails sont arrachés et les motrices électriques sont remplacées par des autobus Renault TN, ces fameux bus à plateforme nécessitant deux agents (un conducteur et un receveur). La ligne 91 devient une ligne de bus, mais conserve son numéro, contrairement à beaucoup d'autres.

Son histoire est également marquée par un fait exceptionnel durant la Seconde Guerre mondiale. Alors que le réseau est drastiquement réduit en raison des réquisitions et des pénuries, la ligne 91 fait partie des trois seules lignes urbaines à continuer de circuler en mai 1942. Elle est finalement suspendue en mai 1944, mais renaît de ses cendres dès le 12 novembre 1945, assurée par des bus Panhard K 63.

Après la guerre, sous l'égide de la RATP, la ligne 91 continue son évolution : elle est prolongée en 1965 pour desservir la nouvelle gare Montparnasse ; elle voit la fin de l'exploitation à deux agents en 1970 avec l'arrivée des bus Renault SC 10 ; elle est l'une des premières, avec la ligne 183, à être équipée de bus articulés en 1983 pour faire face à son fort trafic ; et enfin, elle adopte des bus modernes et accessibles aux personnes en fauteuil roulant en 2003. Aujourd'hui encore, la ligne 91, qui relie Montparnasse 2 - Gare TGV à Bastille, suit un tracé remarquablement fidèle à son itinéraire originel de tramway, ce qui en fait, par son histoire ininterrompue depuis 1876, la véritable doyenne du réseau de surface parisien.

AnnéeÉvénement cléMode de transportExploitantNuméro/Indice
1876Création de la ligneTramway à chevalTramways SUD3
Années 1880Reprise de l'exploitationTramway (vapeur/électrique)C.G.P.T.3
1921Intégration au nouveau réseauTramway électriqueSTCRP91
1935Remplacement des tramwaysAutobus Renault TNSTCRP91
1942Maintien exceptionnel en serviceAutobusSTCRP91
1945Reprise du service après-guerreAutobus Panhard K 63APTP91
1949Intégration à la nouvelle régieAutobusRATP91
1970Fin de l'exploitation à deux agentsAutobus SC 10RATP91
1983Mise en service des bus articulésAutobus articulé PR180RATP91
2003Mise en service de bus accessiblesAutobus Agora LRATP91

La renaissance d'après-guerre : la logique des nombres (1945-2018) 🔢

La fin de la Seconde Guerre mondiale laisse un réseau de transport parisien exsangue. La reconstruction qui s'ensuit n'est pas seulement matérielle ; elle est aussi organisationnelle. C'est à cette période que naît la RATP et qu'est mis en place un système de numérotation des lignes de bus d'une remarquable logique, qui structure encore aujourd'hui notre perception du réseau. Décrypter ce code, c'est comprendre comment Paris s'est réorganisé après le conflit.

Naissance de la RATP et le "code Lagarrigue"

En 1945, il faut tout reconstruire. Une structure provisoire, l'Administration Provisoire des Transports Parisiens (APTP), est mise en place pour gérer l'urgence. Mais une réforme plus profonde est nécessaire pour unifier durablement la gestion du métro et du réseau de surface. La loi du 21 mars 1948 acte la création de la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP), qui entre officiellement en fonction le 1er janvier 1949.

L'une des premières tâches de la nouvelle régie est de mettre de l'ordre dans la numérotation des lignes de bus, un système devenu confus et illogique au fil des fusions et des remplacements de tramways. C'est à Louis Lagarrigue, futur directeur de la RATP, que l'on doit la conception d'un nouveau système d'une grande clarté, mis en place progressivement à partir de 1945.

Ce "code Lagarrigue" repose sur un principe simple et géographique. Tout d'abord, les indices de 1 à 19 sont désormais exclusivement réservés aux lignes de métro. Les lignes de bus intra-muros reçoivent des numéros de 20 à 99, dont la structure permet de deviner l'itinéraire :

  • Le premier chiffre (la dizaine) désigne le pôle central ou la gare de départ de la ligne. Cette logique permet de regrouper les lignes par grands secteurs de départ.
  • 20 à 29 : Terminus dans le secteur de la Gare Saint-Lazare ou de l'Opéra.
  • 30 à 39 : Terminus dans le secteur de la Gare de l'Est.
  • 40 à 49 : Terminus dans le secteur de la Gare du Nord.
  • 50 à 59 : Terminus dans le secteur de République ou, plus largement, de la Rive Droite.
  • Le second chiffre (l'unité) correspond au quartier périphérique ou à la direction générale de la ligne.
  • ...2 : Direction Sud-Ouest (ex: Porte d'Auteuil).
  • ...3 : Direction Ouest (ex: Porte de Champerret).
  • ...4 : Direction Nord-Ouest (ex: Porte de Montmartre).
  • ...5 : Direction Nord et Nord-Est (ex: Porte de Pantin).
  • ...6 : Direction Est (ex: Porte de Vincennes).
  • ...7 : Direction Sud-Est (ex: Porte de Gentilly).

Ce système entraîne une renumérotation massive des anciennes lignes. Par exemple, l'ancienne ligne à lettres AI de la CGO, qui reliait la Gare Saint-Lazare (secteur 2x) à la Porte de Gentilly (direction Sud-Est,...7), devient logiquement la ligne 21 (le 7 étant déjà pris par la ligne 27). L'ancienne ligne de tramway 8, qui reliait la Gare de l'Est (secteur 3x) à la Porte d'Orléans (direction Sud), devient la ligne 38. Les lignes desservant la banlieue sont, quant à elles, renumérotées dans les séries 100 et 200, souvent en ajoutant un "1" devant leur ancien numéro (la ligne 71 devient la 171).

...2 (Sud-Ouest)...3 (Ouest)...4 (Nord-Ouest)...5 (Nord/Nord-Est)...6 (Est)...7 (Sud-Est)...8 (Sud)...9 (Centre/Transversale)
2x (Gare St-Lazare/Opéra)22 (Porte de St-Cloud)24 (École Vétérinaire)26 (Nation)27 (Porte d'Ivry)28 (Porte d'Orléans)29 (Porte de Montempoivre)
3x (Gare de l'Est)32 (Porte d'Auteuil)35 (Mairie d'Aubervilliers)38 (Porte d'Orléans)39 (Issy-Frères Voisin)
4x (Gare du Nord)42 (Hôp. G. Pompidou)43 (Neuilly-Bagatelle)46 (Château de Vincennes)47 (Fort-du-Kremlin-Bicêtre)48 (Palais Royal)
5x (République/Rive Droite)56 (Château de Vincennes)57 (Laplace RER)58 (Vanves-Lycée Michelet)

Note : Ce tableau illustre la logique originelle du système. Les itinéraires et terminus ont évolué depuis 1945.

Portraits de lignes emblématiques de l'ère RATP 🗺️

Le nouveau réseau RATP, organisé par cette logique numérique, a vu émerger des lignes aux identités fortes, chacune racontant une facette de Paris.

  • La 38 : l'héritière du tramway 8. Son histoire est l'exemple parfait de la transition tram-bus. Née en 1924 comme ligne de tramway 8, elle reliait déjà la Gare de l'Est à la Porte d'Orléans. Supprimée en 1936, elle renaît après-guerre sous le numéro 38, conservant son axe nord-sud vital. Devenue l'une des lignes les plus fréquentées, elle a été l'une des premières à passer aux bus articulés lors de la grande réorganisation de 2019.
  • La 21 : le dernier souffle du bus à plateforme. Héritière de la ligne AI de la CGO, la ligne 21 (Gare Saint-Lazare - Porte de Gentilly) est entrée dans l'histoire le 22 janvier 1971. Ce jour-là, le dernier bus Renault TN à plateforme arrière a effectué son ultime service sur cette ligne, marquant la fin définitive d'une époque et d'un symbole parisien. Cet événement symbolise la modernisation du parc voulue par la RATP, au profit de bus plus fonctionnels et exploités par un seul agent.
  • La 72 : la croisière sur Seine pour le prix d'un ticket. Ancienne ligne de tramway 2, la 72 est sans doute la ligne la plus appréciée des touristes et des Parisiens flâneurs. Son parcours est exceptionnel : elle longe la Seine sur la quasi-totalité de son trajet, offrant des vues imprenables sur la Tour Eiffel, le Grand Palais, la Place de la Concorde, le Musée d'Orsay et le Louvre, avant de terminer sa course devant l'Hôtel de Ville. Elle démontre que le bus n'est pas qu'un outil fonctionnel, mais peut devenir une expérience culturelle en soi.
  • La 20 : la création typique de l'après-guerre. Contrairement aux autres, la ligne 20 est une pure création de la nouvelle ère. Mise en service le 29 juillet 1946, elle incarne parfaitement la logique du nouveau réseau. À l'origine, elle reliait deux grandes gares, Saint-Lazare et la Gare de Lyon, en traversant le cœur battant et populaire de l'Est parisien via République, Belleville et les Grands Boulevards. Elle illustre la volonté de créer des liaisons transversales efficaces, adaptées aux nouveaux flux de la capitale.

L'analyse de ces lignes révèle que le réseau de bus ne se contente pas de relier des points sur une carte. Il dessine une géographie sociale et culturelle de la ville. Emprunter la ligne 86, c'est traverser les quartiers chics et intellectuels de la Rive Gauche, de Saint-Germain-des-Prés à l'Île Saint-Louis. Choisir la 20, c'est plonger dans le "Paris parisien" des théâtres, des bars et des quartiers animés. Chaque ligne possède ainsi une "personnalité" façonnée par les lieux qu'elle dessert. Le réseau de bus n'est pas seulement un système de transport ; c'est une grille de lecture de la ville elle-même.

Le réseau en mouvement perpétuel (2019 et au-delà) 🚀

L'histoire du bus parisien est celle d'une adaptation constante. Loin d'être figé, le réseau a connu sa plus grande transformation depuis l'après-guerre le 20 avril 2019. Le plan "Grand Paris des Bus" a profondément remanié les itinéraires d'une cinquantaine de lignes pour mieux s'adapter aux nouvelles réalités urbaines : prolongements des lignes de métro et de tramway, développement de nouveaux pôles d'activité en petite couronne, et volonté de simplifier les trajets.

Parallèlement, une autre révolution, plus silencieuse mais tout aussi profonde, est en cours : la transition énergétique 🌿. L'objectif d'abandonner le diesel au profit de bus électriques et fonctionnant au gaz naturel (GNV) marque une rupture technologique aussi significative que le fut le passage du cheval au moteur plus d'un siècle auparavant. Le bus vert et silencieux est en passe de devenir le nouveau symbole des transports de surface parisiens.

Enfin, un nouveau chapitre s'ouvrira en 2025 avec la fin du monopole historique de la RATP sur l'exploitation du réseau de bus, dans le cadre de l'ouverture à la concurrence. Cette échéance marque la fin d'un modèle de gestion centralisé qui a prévalu, sous différentes formes, depuis la création de la CGO par Haussmann en 1855.

De l'échec social des carrosses de Pascal à la révolution écologique et concurrentielle du XXIe siècle, le bus parisien n'a cessé de se réinventer. Il demeure le pouls de la capitale, un système en mouvement perpétuel qui, plus que tout autre, a accompagné et façonné les innombrables métamorphoses de Paris. Son histoire, loin d'être terminée, continue de s'écrire chaque jour, à chaque coin de rue.

FAQ - Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le bus parisien 🤔

  • Quelle est la plus ancienne ligne de bus de Paris?

La ligne qui possède l'histoire la plus longue et continue est la ligne 91. Bien qu'elle soit devenue une ligne de bus en 1935, son itinéraire a été créé en 1876 en tant que ligne de tramway à cheval, sous le numéro 3.

  • Pourquoi les bus parisiens n'ont-ils pas d'impériale comme à Londres?

Des bus à impériale (ou à étage) ont bien circulé à Paris, notamment au début du XXe siècle et lors d'expérimentations dans les années 1960. Cependant, ils ont été définitivement abandonnés au milieu des années 1970 pour plusieurs raisons : des coûts d'exploitation plus élevés, des contraintes liées à la hauteur des ponts et des tunnels, et des questions de sécurité et de temps de montée/descente des passagers qui ralentissaient le service. Aujourd'hui, seuls les bus touristiques privés en sont équipés.

  • Combien coûtait un ticket de bus en 1950?

Après la guerre, le prix du ticket a connu une forte inflation. En 1946, un ticket de 2e classe coûtait 4 anciens francs. En 1951, un an après la création officielle de la RATP, son prix était passé à 15 anciens francs.

  • Peut-on visiter Paris avec un simple ticket de bus?

Absolument. C'est même l'une des manières les plus économiques et authentiques de découvrir la ville. Plusieurs lignes de la RATP offrent des parcours spectaculaires pour le prix d'un ticket t+. La ligne 72 est la plus célèbre pour son trajet le long de la Seine. D'autres, comme la ligne 27 (du Jardin du Luxembourg à l'Opéra via le Louvre) ou la ligne 86 (de Saint-Germain-des-Prés à la Bastille), sont également d'excellentes options.

  • Quelle est l'histoire de la plateforme arrière des bus?

La plateforme arrière ouverte est l'un des symboles les plus forts du Paris d'antan. Elle a été introduite en 1911 sur les bus de la CGO, notamment le modèle Schneider PB2. Elle a perduré sur plusieurs générations de véhicules, dont les fameux Renault TN des années 1930. Permettant de monter et descendre rapidement, elle a été progressivement abandonnée après la guerre pour des raisons de sécurité et pour permettre l'exploitation à un seul agent. Le dernier bus à plateforme a circulé le 22 janvier 1971 sur la ligne 21.

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